Mes Motsdoubs

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Bricoler, jardiner avec passion, cuisiner avec amour, m'occuper de ma maison, réaliser de jolies tables, lire, faire des exercices d'écriture, photographier, bloguer et facebooker, initier mes petits enfants à la peinture et à plein d'autres choses, nager et bouger autant que mon corps me le permet...quoi c'est ça être retraitée vous êtes sûre, je pensais que c'était mon troisième métier!!!
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lundi 24 mars 2014

C'est le printemps!

exercice d'écriture d'après une idée de Pascal Perrat du blog entre2lettres.



C’était une marchande des quatre saisons qui ne vendait que du bon temps, Le mauvais elle le jetait. Ses clients l’adoraient. Jusqu’à ce premier jour de printemps où la porte de son immeuble refermée, elle marqua une pose. Son regard se porta sur le rond-point embouteillé qui se trouvait à quelques mètres de là. Oui elle avait bien entendu ce matin à la radio. ’’ C’est le printemps’’ avait répété et rerépété  les présentateurs et autres journalistes. 


Elle se campa sur ses deux jambes, décidée à découvrir où se trouvait le printemps dans ce coin de la capitale. Son regard se porta vers le ciel, il était gris, et semblait menaçant. Oui, j’ai bien pris mon parapluie se dit-elle. Ses yeux fixèrent les immeubles, ceux-ci étaient plus ou moins gris voire presque noirs, même si certains avaient été recrépis il y a quelques années, il n’en n’était pas moins  eux aussi grisâtres. Au niveau du sol, les gens se hâtaient de droite de gauche, pour la plupart de noir vêtus, heureusement quelques petites filles faisaient de la résistance, arborant anorak roses et bottes roses.  Quant à la rue, tout était gris, le macadam, les trottoirs, les voitures et j’en passe. Aline fut saisie d’un vertige. Elle s’adossa contre le mur jouxtant la porte de son immeuble. Elle ferma les yeux. Non, mais le printemps ils l’avaient bien annoncé ce matin, ce n’était quand même pas ça, pas toute cette grisaille et toute cette saleté…

 Soudain elle eut un flash, elle se revit enfant dans la maison de ses parents dans ce petit coin du Berry ...la maison était toujours à elle, mais vingt ans plus tôt au décès de sa mère elle en avait fermé la porte, confiant l’entretien du jardin à un cousin. Et si ...et si elle allait voir à quoi ressemblait le printemps là bas, oui,  aujourd’hui… bon elle n’irait pas au marché couvert...ah le marché couvert ...quel déchirement lorsqu’elle avait quitté son bout de trottoir avec son étal de fruits et légumes. Là, elle pouvait observer le rythme des saisons, voir les fleurs du magnolia voisin s’épanouir, remercier le marronnier de lui procurer de l’ombre pendant l’été, et entendre crisser les feuilles en automne sous les pas des passants. Bon, c’est sûr, elle n’avait pas eu  toujours très chaud, elle rentrait même parfois complètement gelée, mais au moins elle avait une notion du temps et des saisons. 

Maintenant dans les nouvelles halles, même si elle était à l’abri du froid et d’une certaine humidité, même si à longueur de journée elle distribuait des sourires et des mots gentils, même si les clients aimaient venir s’approvisionner auprès d’elle, au final, en retour elle ne recevait pas grand-chose, car chaque soir elle se retrouvait bien seule dans son appartement. Mais ce qui lui manquait le  plus dans ce nouvel environnement, c’était de ne plus avoir  le moindre signe du temps à l’extérieur ni d’avoir la moindre notion des saisons.

Aline se ressaisit, se retourna, et se retrouva devant la porte de son immeuble qu’elle poussa. Elle grimpa les marches à vive allure malgré son âge. A peine arrivée dans son appartement, elle attrapa sa valise, y plaça un change, un pyjama, un nécessaire de toilettes une paire de drap, oui ceux restés dans la maison ne devaient pas sentir très bon...car Aline venait de prendre une grande décision, à savoir aller voir à quoi ressemblait le printemps à la campagne! Elle avait toujours eu l’esprit pratique, son cerveau se mit à fonctionner aussi vite que lorsque qu’elle additionnait les prix des fruits et légumes. Le courant avait été coupé dans la maison, elle attrapa deux bougies,  se précipita dans le couloir de l’entrée en ressorti un petit camping gaz, en partant elle achèterait une recharge. Elle ajouta un pack de soupe, deux boîtes de conserve, ...sa valise se remplissait vite, elle attrapa son vieux sac à dos, ajouta un châle, un gros pull, un pot de nescafé...et en quelques minutes elle fut prête.        

Elle se dirigea vers le métro, prit le train à Montparnasse, s’offrit exceptionnellement un taxi et poussa le petit portillon en piteux état de la maison de son enfance.

Comme quelques heures auparavant, elle s’arrêta net et observa le spectacle qui s’offrait à sa vue. Le ciel était d’un bleu...d’un bleu… tout le reste était jaune, jaune...elle ressentit comme un étourdissement, fit les quelques pas qui la séparaient du vieux banc en bois contre la maison.
 Elle posa ses affaires, s’assit ...et comme ce matin elle ferma les yeux. Le soleil lui chauffait le visage, celui-ci se détendit, elle se mit à respirer profondément, puis de plus en plus paisiblement. De longues minutes s’écoulèrent, les idées se bousculaient dans sa tête, elle se revoyait enfant, puis ces images étaient balayées par des images de sa vie à Paris…. et elle se revoyait dans ce même jardin…

 Une lumière dorée passait à travers ses paupières, elle les entre-ouvrit. Tout était jaune, elle n’avait pas rêvé, le forsythia était devenu énorme pas un centimètre de ses branches n’était couvert de fleurs jaunes, les pieds des arbres étaient entourés de colliers de primevères d’un adorable jaune pâle. Contre la maison les grosses touffes de narcisses jaunes plantées par sa mère arboraient leurs énormes clochettes. Le buisson de mahonia était couvert de fleurs jaune mimosa qui ressortaient merveilleusement sur le feuillage presque pourpre. Les anciens massifs étaient envahis par les étoiles jaunes des ficaires. Les pissenlits eux n’étaient pas en reste, ils ponctuaient la pelouse de leurs pastilles jaune d’or et la corête du japon commençait à ouvrir ses pompons tout aussi jaunes! Elle huma l’air, tourna la tête, vit que c’était un gros pied de giroflée jaune qui lui envoyait ce doux parfum. C’est donc cela le printemps se dit-elle?...

 Elle referma les yeux, serra fortement la clé au fond de sa poche….elle savait déjà que les quelques mois qui la séparaient de la retraite elle les passerait ici à contempler le printemps…..


1 commentaire:

  1. Une belle histoire dédiée au printemps et à la vie!
    J'ai respirée comme Aline le fond de cet air printanier.
    Merci Geneviève!

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